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Amnesty International News

DES MIGRANTS PARLENT DE L’EXPLOITATION ET DES ARRESTATIONS

18 décembre 2009

Dans de nombreuses régions du mondedes gens partent de chez eux et quittent leur famille et leur pays pour aller chercher du travailpour faire des études ou pour échapper à la pauvretéà la discrimination ou à un conflit. Beaucoup risquent touty compris leur vieafin de trouver la sécurité et de pouvoir gagner leur vie. Et ils risquent à chaque étape d’être exploitésescroqués ou victimes d’atteintes aux droits humains.

À l’occasion de la Journée internationale des migrantsAmnesty International présente les témoignages de migrants originaires de diverses régions du globe qui ont été exploitésincarcérés ou agressés alors qu’ils étaient à la recherche d’une vie meilleure.

Des migrants vivant en Malaisieen Corée du Sudau Mexique et aux États-Unis parlent de leurs conditions de vie et de travail très duresdes employeurs sans scrupulesde la brutalité du personnel des centres de détention pour migrantset de la menace quasi permanente d’une arrestation ou d’une détention arbitraires. Les migrants en situation irrégulière* sont particulièrement exposés aux violations des droits humains.

Ces interviews ont toutes été menées par des chercheurs d’Amnesty International entre novembre 2008 et juillet 2009. Tous les noms ont été changés.

Témoignages de migrants
Dev – « nous sommes restés pendant trois mois sans travailler. »
Margarita – « Il a déclaré que je devais coucher avec lui [sinon] il me renverrait dans mon pays. »
Carmen – « au lieu de m’aider ils m’ont menottée »
Marcella – « Je vivais dans un conteneur de transport : une seule pièce avec une fenêtre. »

L’histoire de Dev (Malaisie)
Dev a quitté sa famille et son foyer au Népal à l’âge de dix-neuf ans. Il s’est rendu en Malaisie pour y travailler comme agent de nettoyage. Il fait partie des plus de trois millions de travailleurs migrants présents en Malaisie. Il a déclaré à Amnesty International :

« Je suis parti parce qu’on se battait au Népal. Il y a dans ce pays beaucoup de problèmes entre les communistes et l’armée. Les communistes prenaient les jeunes gens pour les forcer à se battre. Si tu refusesils te tuent. J’avais très peuralors j’ai demandé un visa pour la Malaisie.

J’ai contacté un agent et je suis arrivé en Malaisie avec un visa d’agent de nettoyage. J’ai versé à l’agent 80 000 roupies népalaises (environ 730 euros) pour qu’il m’amène ici. J’ai dû emprunter de l’argentet j’étais censé rembourser 1000 roupies par moisavec des intérêts de 320 roupies.

L’agent m’a dit que je travaillerais comme agent de nettoyage dès que j’arriverais en Malaisiemais cet agent ne m’a jamais trouvé le moindre emploi. Après avoir atterri à l’aéroport de Kuala Lumpur j’ai attendu pendant quatre heures. L’agent a fini par arriveret il m’a emmené avec d’autres personnes venues du Népal pour faire le même travail.

Il nous a conduits à un appartement où nous sommes restés pendant trois mois sans travailler. L’agent ne nous donnait pas d’argent. Nous étions forcés de sortirde retrouver des Népalaisde leur expliquer ce qui s’était passé et de leur demander de la nourriture et de l’argent. L’agent m’a pris mon passeport et ne me l’a jamais rendu. »

Dev a fini par trouver du travail par ses propres moyens. Il travaille dans une usine et aussi pour une entreprise de bâtiment. Son agent n’a pas fait renouveler son visa et a refusé de lui rendre son passeport.

Dev est devenu un migrant en situation irrégulièredépourvu du droit légal de séjourner ou de travailler en Malaisie. Les rémunérations qu’il touche sont très faibles comparées au salaire des autres travailleursmais il sait qu’il ne peut pas se plaindrecar il n’a pas de permis de travail. Il ne gagne pas assez d’argent pour pouvoir en envoyer à sa familleau Népal.

Dev aimerait rentrer dans son paysmais il ne peut pas le fairecar il n’a plus de passeport et il a peur de se faire prendre par les autorités.

L’histoire de Margarita (Mexique)
Margarita et son compagnon Miguel ont quitté le Salvador en octobre 2008en quête d’une vie meilleure aux États-Unis. Au SalvadorMargarita travaillait dans une usine de vêtements et gagnait 5 dollars (35 euros environ) par joursalaire insuffisant pour lui permettre de nourrir ses deux jeunes enfants et de les envoyer à l’école.

À l’image de nombre de migrants d’Amérique centralele couple comptait se rendre aux États-Unis sans papiers d’identitéperchés sur le toit d’un train de marchandises qui les conduirait à la frontière du Mexique.

Le 5 novembre 2008alors que Margarita et Miguel voyageaient sur le toit d’un train de marchandises dans l’État du Chiapas (Mexique)la locomotive s’est arrêtée inopinément et des fourgons militaires se sont approchés des wagons.

Tous deux ont alors sauté du train et se sont enfuis dans les broussailles. Ils ont été poursuivis par deux soldats qui ont tiré plusieurs coups de feu en l’air avant de les rattraper. Margarita a raconté à Amnesty International :

« Vous ne pouvez pas vous imaginer que vos rêves peuvent s’envoler en un instant au cours de ce voyage. Le soldat m’a attrapée par la main et m’a dit de m’enfoncer plus avant dans les broussaillestout en braquant son arme sur moi.

« Il m’a conduite loin de la ligne de chemin de ferà un endroit où nous étions complètement seuls. Il m’a demandé d’enlever mes vêtements pour voir si je dissimulais des stupéfiants.

« Lorsque j’ai refusé d’obtempéreril a baissé mon pantalon et m’a agressée sexuellement. Il m’a demandé comment je comptais le rembourser de la balle qu’il avait dû tirer à cause de moi.

« Il a déclaré que je devais coucher avec lui pour le dédommagerque si je ne m’exécutais pas il me renverrait dans mon pays. Il a dit que ce serait rapide et qu’il me laisserait partir si je ne faisais pas d’histoires. »

Le soldat a fini par laisser partir Margarita sans la violer. D’autres n’en réchappent pas. Amnesty International a reçu à plusieurs reprises des informations selon lesquelles les migrantes sont fréquemment victimes de violsperpétrés notamment pas des groupes de criminels au Mexique. Les auteurs de ces actes ne sont quasiment jamais inquiétés.

L’histoire de Carmen (États-Unis)
Carmen a quitté le Mexique en 1998 pour s’installer aux États-Unisoù elle a fondé une famille. Elle a trois enfants dont deux ont la nationalité américaine.

En avril 2008elle a été arrêtée car elle ne s’était pas présentée au tribunal où elle avait été convoquée pour un délit présumé. Elle a été incarcérée et interrogée par un agent des services de l’immigrationqui lui a dit qu’elle serait expulsée.

Carmen a passé vingt-quatre jours en prison. Bien quelors de sa comparution devant un jugecelui-ci ait recommandé sa remise en libertéles services de l’immigration ont continué à la maintenir en détention.

Après avoir passé près de trois semaines dans un centre de détention pour migrantsne sachant pas quand elle pourrait retourner auprès de sa familleCarmen a tenté de mettre fin à ses jours. Elle a évoqué ce moment :

« Je sentais que mon incarcération allait me conduire à une dépression nerveuse. Les enfants avaient besoin de moi. J’ai commencé à entendre des voix qui me faisaient culpabiliser car je n’étais pas avec eux. Je me suis dit qu’il valait mieux mourir.

« J’avais une chaussette que j’utilisais pour tout nettoyer. Une voix m’a dit : Enroule cette chaussette autour de ton cou et tue-toi. Ma compagne de cellule était en train de lire. C’était une Afro-américaine adorable qui possédait quelques rudiments d’espagnol. Lorsque j’ai commencé à me pendreelle s’est exclamée : Qu’est-ce que tu fais ? Je ne sais pas ce qui s’est passétout est devenu noir. »

Suite à la tentative de suicide de Carmenles gardiens l’ont menottée et conduite dans une autre cellule. Carmen a par la suite été relâchéemais attend toujours que son affaire soit résolue.

« Je n’étais pas traitée avec le respect qui est dû à un être humain. Que j’aie les papiers d’identité nécessaires ou pasje suis un être humain. Je craquais et au lieu de m’aider ils m’ont menottée…

« Le premier matin où je me suis réveillée après ma libérationje ne savais pas où j’étais. Les enfants étaient heureux de me retrouver. J’ai eu tout le temps depuis lors de réfléchirde revenir sur ma vie et de me consacrer davantage à ma famille. J’aimais tellement les oiseaux en cagemais personne ne devrait être privé de libertépersonne ne devrait être emprisonné. »

L’histoire de Marcella (Corée du Sud)
Marcellaune Philippine de trente-quatre ansest arrivée en Corée du Sud en avril 2006dans le cadre du système sud-coréen relatif aux permis de travail.

En mettant en place ce programme d’emploila Corée du Sud a été l’un des premiers pays asiatiques à reconnaître dans sa législation les droits des travailleurs migrants et à accorder à ces personnes un statut identique à celui des travailleurs sud-coréensnotamment en matière de droits du travailde rémunération et d’avantages. Toutefoisdans la pratiqueles travailleurs migrants restent confrontés à des conditions difficiles et sont toujours victimes d’atteintes à leurs droits.

« Lorsque je suis arrivéeje travaillais dans une usine qui fabriquait des serpentins de chauffage pour cuiseur de rizà Osandans la province de Gyeonggi. Je touchais 786 000 wons sud-coréens [467 euros environ] par mois.

« Mon responsable n’était pas gentilil m’insultait et exerçait des pressions sur moi pour que je travaille plus rapidement. Il voulait par exemple que je produise 1 000 serpentins de chauffage par jour. C’est un chiffre très difficile à atteindre car il faut brancher tous les fils… Ils sont si fins qu’on en a mal aux doigtssurtout au pouce et à l’index.

« Je vivais dans un conteneur de transport : une seule pièce avec une fenêtre. Il m’arrivait d’entendre frapper à la porte au milieu de la nuit et j’avais très peur. Il faisait tellement froid en hiver que j’ai dû m’acheter un radiateurmais il faisait toujours froid. Il faisait très chaud en été même avec un ventilateur que j’ai dû acheter moi-même. »

Marcella a été licenciée de manière abusive après avoir demandé à son responsable si elle pouvait prendre un jour de congé à Noël.

Son histoire n’est malheureusement pas un cas isolé. Les chercheurs d’Amnesty International ont eu connaissance de nombreux autres licenciements injustes qui se sont déroulés dans des conditions similaires entre mars 2008 et juillet 2009. Nombre de travailleurs migrants licenciés n’ont pas porté plainte en raison de la barrière de la languede la méconnaissance de leurs droits et de la complexité et de la lourdeur des procédures à suivre.

*De nombreux migrants disposent au départ d’une autorisation légalemais deviennent ensuite des étrangers en situation irrégulière : ils ne sont pas autorisés officiellement à rester ou à travailler dans le pays d’accueil. Cela peut arriver pour diverses raisonspar exemple parce que les employeurs ou les fonctionnaires ne renouvellent pas le permis de travail parce qu’ils leur ont remis un faux permis.

Légendes photos :
1. Les garde-côtes espagnols interceptent un bateau de pêche traditionnel chargé de migrants au large de l’île de Tenerifeaux Canaries (24 octobre 2007). © HCR / A. Rodríguez
2. Migrants retenus dans le centre de détention de Lenggengen Malaisie (23 juillet 2009). © Amnesty International
3. Migrants originaires d’Amérique centrale en route vers les États-Unisà bord d’un train qui traverse le Mexique. © AP GraphicsBank
4. Des migrants tentent d’entrer aux États-Unis en passant par un tunnel à Ciudad Juárezau Mexique. © AP GraphicsBank
5. Des agents des services de l’immigration sud-coréens (en uniforme bleu) arrêtent un travailleur migrant (en blouson rouge) tandis que deux militants sud-coréens (en bas) essaient d’empêcher l’arrestationdevant le bâtiment des services de l’immigration à Séoul (17 février 2004). © DR

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